Portrait · Peinture et mémoire
Luciano Civettini. Quand la mélancolie devient récit
Peinture autobiographique, livres scellés dans la résine, mots et collage composent une mémoire matérielle et stratifiée.

En bref
Luciano Civettini construit une pratique autobiographique où la mémoire personnelle se superpose à l’histoire de l’art. Toiles, papiers, collages et livres scellés dans la résine se comportent comme des environnements narratifs plutôt que comme des surfaces isolées.
Sa figuration onirique ne fuit jamais le réel. Enfance, montagne, absences et épisodes quotidiens entrent dans l’œuvre par des alter ego, des fleurs, des animaux, des mots et des fragments récupérés.

Une histoire de l’art intime
Civettini revient à Fragonard, Monet, Renoir, Degas et Berthe Morisot en observant les vies qui entourent ateliers, amitiés et familles. Il n’imite pas leurs styles : il utilise biographie et couleur comme points d’accès émotionnels.
Dans Déjà vu, l’impressionnisme devient une mémoire possible, retravaillée par des collages, des signes et des interruptions pleinement contemporains.

Plier, fragmenter, assembler
Papiers, anciennes toiles, écriture et matériaux hétérogènes créent des couches qui se comportent comme la mémoire : elles réapparaissent sans ordre linéaire et changent de sens lorsqu’elles sont rapprochées.
Acrylique, aquarelle, bâton à l’huile, collage et résine sont choisis selon les exigences de l’idée. La technique demeure un moyen, jamais une démonstration.

Blur : le livre devient objet
Dans la série Blur, les livres sont fermés, peints puis scellés dans la résine. La lecture ordinaire devient impossible, mais le volume acquiert une nouvelle présence : une archive opaque de mémoire protégée.
Ces objets ont une qualité paradoxale. Ce sont des archives illisibles, de petits écrins qui attendent un lecteur capable de les approcher par la matière, le titre et l’imagination plutôt que par les pages.

Quand les mots rééquilibrent la peinture
Phrases, titres et écritures presque enfantines entrent souvent dans la composition. Un mot peut activer la mémoire, interrompre une scène figurative ou remplir délibérément un vide. Il n’explique pas l’image : il la déplace.
L’inachevé préserve fraîcheur et instabilité. Même face à une nature morte, le regardeur sent que le récit pourrait continuer au-delà du bord et que la mélancolie ne devient jamais une conclusion définitive.

Une pratique à lire dans le temps
Civettini expose en Italie et à l’étranger depuis les années 1990. Peinture, installation et livres-objets révèlent un retour constant aux paysages de montagne, à la littérature, à la mémoire et à l’histoire de l’art.
Pour un collectionneur, la continuité est le meilleur point d’entrée : année, support, provenance et relation entre une œuvre et son cycle plus large doivent être vérifiés.
Sources et lectures
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